Des hommes en blanc dans les champs

Avant-hier, mercredi matin, branle bas de combat. Au carrefour à l’entrée d’Ars, des hommes arnachés de combinaisons  blanches, portent des masques et interviennent dans un champ de pommes de terre. A cette période, où tout le monde se questionne à propos  de l’alimentation, l’émoi est évident. Les mots fusent : « Limite Tchernobyl, un complot, des martiens ont débarqué, des extra-terrestres, des masques à gaz comme pendant la guerre, ça fait flipper, Hiroshima a atterri chez nous, débilerie de l’être humain », et je passe les sifflements, cris ou quolibets des automobilistes…

Expériences sur l'éradiction du taupin

C’est vrai que c’est impressionnant, intriguant et pas vraiment discret à un tel carrefour où des voitures circulent en permanence ! J’ai été tirée par la manche par plusieurs personnes, et j’ai voulu en

savoir plus, comme ceux qui se sont posés plein de questions…

 

 

Savez-vous qui est le taupin, répondant au nom savant latin de « agrites sordidus » ? C’est un méchant petit ver, on le nomme aussi « fil de fer jaune ».  Ce prédateur attaque la pomme de terre, la betterave, la carotte, le celeri-rave et depuis peu le melon. Il provoque des trous dans la pomme de terre rétaise et lui donne un goût de terre, m’explique t-on. Il serait arrivé du Sud-Est de la France et il remonte jusqu’en Bretagne. Il aime se développer en milieu humide. Ses oeufs peuvent rester quatre ans en terre avant d’éclore. C’est un petit malin ! Le coléoptère n’est pas nocif du point de vue alimentaire, mais aujourd’hui il paraît que le consommateur veut des produits parfaitement calibrés, impeccables. Toute pomme de terre présentant des piqûres de taupin ne peut être commercialisée, et n’est pas rémunérée aux producteurs. C’est plutôt en fin de récolte, en juin, qu’il apparaît, en remontant du sol.

Les ingénieurs de Acpel (Association Charentes-Poitou d’Expérimentation Légumière), basée à Saintes, sont donc sur le terrain, accompagnés d’un technicien de la Coopérative Uniré. Sur la  parcelle-test, déterminée à risque, des prélèvements précédents ont démontré que 30 % de sa surface était impactée. Cette terre a été beaucoup utilisée les  années précédentes pour la culture de céréales. Serait-ce la paille qui a contribué à la prolifération… On cherche à comprendre et trouver des solutions.

Acpel mène des expérimentations en grandeur nature. L’équipement est celui réglementaire, qui est recommandé dans le Grenelle de l’environnement, quelle que soit la nature de l’intervention. L’objectif : étudier ce qui peut être efficace pour empêcher que le taupin ne prolifère. Sur quatre rangs, quatre fois dans la parcelle, il est procédé à des tests de façon aléatoire, en intégrant des produits destinés à empêcher sa propagation. Des phyto-sanitaires, mais aussi des produits utilisés en agriculture bio. Des expériences de champignons antagonistes ont été parallèlement faites dans d’autres lieux sur le continent, pour voir.

Au bout de 90 jours, au terme du temps de la maturation du tubercule, les plants-témoins seront arrachés manuellement et analysés pour étudier l’impact des différents traitements. Des analyses toxicologiques de résidus de produits seront faites.

La veille, à Sainte-Marie de Ré, la même équipe avait mis en place une batterie de tests sur le rhizoctone brun de la pomme de terre, un champignon qui attaque le tubercule, empêchant sa levée.

La justification de tout cela, nourrir la planète.  L’époque des petits champs où l’on cultivait une parcelle  pour la famille, où on allait chercher le sart à la côte pour enrichir la terre, où l’on acceptait que les légumes soient tarabiscotés, est-elle vraiment révolue…. Rien de moins sûr, à voir l’inquiétude voire l’anxiété du consommateur lambda, à voir l’engouement pour les jardins ouvriers ou partagés, à voir combien nombreux se pressent lors des distributions gratuites de composteurs sur l’île. A condition aussi d’observer les rotations de culture, comme le disent ou pensent beaucoup de gens.

Grâce à cette petite bête, le taupin, j’ai appris plein de choses. Sur le site Rustica, il est conseillé d’élever des poules et de les lâcher sur le terrain avant de semer, afin de l’éradiquer. Sur l’île, on peut peut-être les remplacer par les bernaches ?

Une réflexion au sujet de « Des hommes en blanc dans les champs »

  1. mille merci de tes infos car nous étions beaucoup a avoir vu .Je pense qu’il y a une alternative aux produits chimiques regarde l’article sur libé sur les produits utilisés aux Antilles les conséquences sont graves . Nous étions de plus la semaine sans pesticides . Donc effectivement on a peur a suivre . merci bises lo

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