Projet de reconstruction de La Trou d’cheu

La Trou d’Cheu est le nom que porte une des écluses à poissons aux Portes-en-Ré. Il semble qu’elle ait été abandonnée au milieu du siècle dernier. N’étant plus consolidée régulièrement, ses murs se sont effondrés sous l’effet de la houle et des vagues. Et quand une écluse n’est plus entretenue, elle se dégrade très vite, elle tombe quasiment en ruines. En plus, la mer emporte toutes les pierres au large. Les Portes en Ré - Ecluse la Trou d'cheu - 13 août 2015

Le Trou d’Cheu est le mot patoisant pour dire Le Creux du Cul. Un temps elle s’est aussi appelée Le Creux du Ciel. Qui lui a donné ce nom ? Et pour quelle raison ? Personne ne le sait. Il est vrai que sa forme est ronde, et que sa superficie n’est pas très grande, comparée à d’autres écluses à poissons. Aujourd’hui on dit LA Trou d’Cheu, au féminin, sous-entendant le mot féminin écluse. Comme quoi, au fil du temps, les noms évoluent sensiblement…

Elle est située à gauche de l’actuel club nautique des Portes, et juste en face de la plage du Gros Jonc, la plage des familles du village. Sur la partie gauche de La Trou d’Cheu, une écluse est toujours en activité, La Chiouse, dont les détenteurs successifs s’en sont toujours occupés régulièrement.

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Elle existait déjà en 1727 comme l’indique le livre de Jacques Boucard « Les Ecluses à poissons dans l’île de Ré ». A cette date, le ministre de la Marine avait missionné le commissaire de la Marine, Le Masson du Parc, afin d’inspecter les lieux de pêche du littoral français. A l’île de Ré, il a dénombré 114 écluses à poissons. Outre procurer la nourriture à ceux qui en détenaient le droit de pêche, « elles protègent la côte le long de la mer sauvage qui, y brisantcontinuellement, mine de telle manière les terres du rivage que l’île serait bientôt détruite sans l’espèce de rempart que forment les écluses »  écrivait cet inspecteur. D’autres inventaires ont été dressés au 19ème siècle. En mars 1983, l’île de Ré ne comptait plus que 10 écluses, aujourd’hui le chiffre est de 14.

Au fil des siècles certaines ont été démolies sur ordre de la Marine, justifié entre autres par une gêne à la navigation et aux risques de naufrage des bateaux. D’autres ont été détruites sous l’effet naturel de la houle et de l’absence d’entretien. ..

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L’association A4P (Association pour la Protection du Patrimoine des Portes-en-Ré) défend la sauvegarde de ce lieu, précieux aux yeux de tous. Ses membres souhaitent que l’écluse retrouve son usage ancien : efficacité pour la protection de la côte, élément de vie du village via l’activité de pêche, ainsi que sa valeur patrimoniale.

Le projet de reconstruction est co-piloté par Jean-Louis Giraudeau et Michel Oger, administrateurs de l’association. Officiellement, la Trou d’Cheu n’a plus de propriétaire, ni de co-détendeurs. En juin dernier, l’A4P a donc déposé un dossier auprès des Affaires Maritimes puisqu’elle se situe sur le Domaine Publique Maritime. La demande est assortie d’une masse de documents plutôt complexes à remplir, car l’île de Ré est classée en tous sens. La réfection d’une ancienne écluse à poissons est soumise à approbation, notamment en termes environnementaux afin de s’assurer que sa reconstruction n’aura pas d’impact négatif sur le lieu.

Les travaux ne débuteront, bien évidemment, que lorsqu’un accord aura été donné.

Dans les années 70, elle présentait déjà de nombreuses brèches, cependant subsistait encore au moins un de ses angles. Les pierres sèches des murs qu’il va falloir remonter seront prioritairement ceux des vestiges de cette écluse. Pas mal se sont accumulées près de la Chiouse, le mur des deux écluses étant mitoyen. C’est d’ailleurs en s’adossant à ce mur existant que la nouvelle écluse pourra être édifiée, dans son prolongement.

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Les porteurs du projet précisent que le travail se fera à l’ancienne, à la main, en évitant l’utilisation de tracto-pelle. Outre les murs, il faut prévoir l’achat d’une petite dizaine de buses d’entrée et sortie d’eau. Il va falloir refaire l’intégralité des clés, là où le poisson se trouve piégé lorsque la mer descend. 

La Trou d’Cheu est longue de 700 à 800 mètres. 500 mètres sont à reconstruire. Les murs ne sont pas très hauts : 1,20 à 1,50 mètres. Mais cela représente de longues heures d’intervention, par des gens qui savent bâtir. Le travail ne peut être réalisé qu’à marée basse, et seulement pendant les jours où la mer se découvre suffisamment.

Mi août, l’A4P a emmené ses adhérents sur le terrain, afin de faire partager de visu le travail à entreprendre. Effectivement, il va falloir recruter des bénévoles-bâtisseurs de bonne volonté !

 

Il faut aussi préciser qu’à la fin des années 1980, un pas d’accès, le Pas du Gros Jonc, se situait juste devant l’écluse. Il permettait autrefois la descente des charrettes à la plage pour récolter le sart, les algues. Il était en moëllons calcaires taillés, petit à petit il a disparu sous l’effet de la mer.

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