Blockhaus de la Conche, et d’un… et de deux

La démolition des blockhaus de la Conche des Baleines prend tournure. Le premier est à terre, le second n’est plus que l’ombre de lui-même.

Démolition blockhaus Conche - 10 novembre 2016
10 novembre 2016.

Lorsque les engins se sont attaqués à ces blocs de béton et de ferraille, nous avons été nombreux à être dubitatifs sur la rapidité à les voir disparaître. L’armée allemande avait prévu du solide pour ces défenses de plage, construites pour se prémunir d’un éventuel débarquement. Ils les avaient aussi équipées de canons.

Il faut se rendre à l’évidence, l’édifice comporte plus de ferrailles que de béton. Les pan, pan, pan, pan des pelleteuses font écho sur la plage.

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Des questions se posent quant à la construction de ces blockhaus. D’où venaient les matériaux ? Qui les a bâti ?

Jean Mouilleron, Arsais, a aujourd’hui 90 ans. En 1943-44 il avait 17-18 ans. Il a fait partie des petites mains rétaises, recrutées et rémunérées par les Allemands, pour travailler à l’édification des blockhaus. A l’époque, les jeunes de l’île de Ré n’avaient guère d’autre choix. Ils étaient 200 à 300, dont des Tunisiens et des Algériens, qui eux, étaient logés dans les moulins d’Ars.

Il y a travaillé pendant un an et demi, et il raconte : « Au fur et à mesure des besoins, le ciment, le gravier et les ferrailles étaient acheminés par bateau depuis le continent, jusqu’au port de Saint-Martin. Ensuite le transport était assuré sur le site par des camions conduits par des détenus politiques, alors en prison à Saint-Martin. Les matériaux arrivaient aussi par le petit train qui allait aux Portes. En face de la Solitude, les Allemands avaient fait des voies de garage, qui permettaient les déchargements.

Le sable ne provenait pas de la plage. Derrière l’hôtel Le Parasol, à Ars, on peut encore voir des traces des sablières qui ont été creusées. Et quand les Allemands ont fait des trous dans la dune, à Karola, pour intégrer les bunkers en sous-sol, ils ont aussi récupéré ce sable. Ils s’en sont servis pour remblayer autour des blockhaus de Karola et le surplus a été utilisé pour le béton des blockhaus de la Conche.

Au début, j’ai fait le béton, je roulais les brouettes. Même si nous étions nombreux, il n’y avait pas de moyens mécaniques comme aujourd’hui. Les matériaux étaient lourds, et les brouettes cassaient. Un jour un Allemand me demande de réparer les brouettes, car j’étais menuisier de métier. Je n’allais pas assez vite, mon copain Michel Brunet est venu en renfort pour les remettre en état. Nous travaillions tous les jours 7 ou 8 heures, sauf le samedi, car c’était le jour de la paie, au Lion d’Or, aujourd’hui le Clocher.

Les Allemands avaient des plans précis pour la construction Ils devaient les avoir pré-établis, cela devait faire un bout de temps que ça mijotait dans leurs têtes ! Ce sont eux qui posaient les ferrailles, et nous qui transportions et coulions le béton tout autour. Je ne suis pas étonné que ces blockhaus soient difficiles à détruire ! Nous y avons mis une sacrée dose de béton…

Une fois les blockhaus construits, les Allemands nous ont demandé de planter des palouètes, des oyats de dune, pour les camoufler ».

Merci Jean, pour ce témoignage.

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Les deux pelleteurs qui démolissent les blockhaus de la Conche confirment que le matériau est particulièrement résistant. Mais ils ont l’habitude, ils n’en sont pas à leurs premiers blockhaus, ils ont l’expérience de la chose.

Après avoir utilisé un brise roche hydraulique (BRH) de 2 tonnes, un 3 tonnes plus puissant a été apporté sur le site. Je me suis demandée si les vibrations se faisaient ressentir dans les bras des ouvriers ? Non. Les sièges sont prévus pour cela. Toutefois, j’imagine le fastidieux de ce travail de fourmi et de patience. Quant au bruit, les pelleteurs sont équipés de casques.

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La démolition du premier blockhaus a débuté le 20 septembre. Elle s’est terminée tout début novembre. Entre temps, il y a eu quelques pannes d’engin qu’il a fallu réparer, et aussi un arrêt du chantier pendant huit jours, lors des grandes marées de mi-octobre.

Cette semaine, au Pas de Zanuck, les premiers gravats ont été passés au crible, avant d’être évacués vers le chantier de la digue des Doraux de Saint-Clément. Ils seront re-concassés pour être utilisés à la construction de la nouvelle digue.

Chaque blockhaus représente en gros 1200 à 1400 m3 de gravats.

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Pour démolir le second blockhaus, encore une nouvelle pelle a été acheminée. L’engin est impressionnant, même vu de loin. Il pèse 60 tonnes, et le BRH est de 4 tonnes. La destruction est donc plus rapide. En outre, l’épaisseur de son toit est moindre de 30 cm que celui du premier.

Conche des Baleines - Démolition 1er blockhaus - 10 novembre 2016
10 novembre 2016.

Après les deux au lieu-dit La Solitude, il restera encore deux autres blockhaus à détruire à Couny. A bientôt pour la suite… 

Une réflexion au sujet de « Blockhaus de la Conche, et d’un… et de deux »

  1. J’ai mal à mon âme de petite fille normande à qui on a raconté l’histoire du mur de l’Atlantique, en lui expliquant que cela a été la guerre, et que beaucoup de nos familles y ont participées, forcées par le STO.
    J’ai mal à mon île, d’être restée passive devant la destruction muette de ces traces de l’histoire.
    J’ai mal à l’avenir, parce qu’en effaçant les traces de l’histoire, on l’oublie, et elle se répète.

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