Se défendre, à l’île de Ré

Les visites-flash organisées pendant le mois d’avril par l’équipe Patrimoine de la Communauté de Communes, m’ont appris plein de choses.

30 minutes pour appréhender la défense contre la mer et la défense militaire, ce n’est pas long, l’information est dense, juste suffisante pour donner l’envie d’en apprendre encore davantage.

L’île de Ré s’est toujours défendue, les preuves nous en ont été apportées. Et même si le sujet est sérieux, le ton des conférenciers est tonique et vivant, et les propos souvent ramenés au contexte actuel.

LA DEFENSE DE LA FLOTTE CONTRE LA MER

Le 5 avril, la première visite est pour à La Flotte. Histoire de se familiariser avec le passé du village et le développement de son port.Port de La Flotte - 5 avril 2016

Stéphanie Le Lay, responsable Patrimoine à la CDC, fait traverser les siècles à un petit groupe, le chantier en cours ne permettant qu’un public limité.

La conférencière explique : « A La Flotte, plusieurs fouilles ont mis à jour un habitat déjà assez important à l’époque gallo-romaine. Des thermes et des villaes, des grandes maisons type grandes fermes ou type balnéaires, ont été découverts. Preuves que des Gallo-Romains venaient ici pour profiter du soleil et de la mer. Au Moyen-Age, La Flotte c’est une dizaine de lieux-dits, de petits bourgs, éparpillés sur les parties hautes du village.

La Flotte - Carte du 18ème siècleUne carte de la paroisse de La Flotte au 18e siècle, montre que le village était regroupé sur les hauteurs. C’était ce qu’on appelle un village rues, tout en longueur. Il y avait aussi un foyer de population, là où aujourd’hui se situe la base nautique, dans une partie plutôt marécageuse.

Le port actuel est déjà construit, mais à côté la carte indique un vieux port, dans une anse naturelle, dont le mouillage était plus simple pour les bateaux. Le port actuel n’est donc pas le plus ancien du village. Il a été creusé en 1585. 

Port de La Flotte - Canons du 18e siècleEn fin d’année dernière, lorsque l’ancien môle a été démonté pour les travaux de mise en sécurité du village, deux canons du 18e siècle, ont été découverts. Ils étaient plantés à la verticale à l’intérieur même du môle. Témoignage certain que la hauteur du quai a évolué au fil des années. Vraisemblablement ils devaient dépasser du môle et ils étaient utilisés comme bittes d’amarrage, quand ils ne servaient plus sur les navires ».

Ces canons ont été mis de côté, ils seront sans doute exposés dans les mois qui viennent.

« Au 16ème siècle, le port actuel ne devait être qu’un trou d’eau. Ce n’est qu’en 1765 qu’est créé le bassin maçonné avec ses quais en pierre, tel qu’on le connaît de nos jours.

Une gravure, conservée au musée de Saint-Martin, a été dessinée depuis ce qui est aujourd’hui le cours Félix Faure. Elle a été commandée par Louis XVI. A la fin du 18e siècle, le Roi souhaitait que soit réalisée une gravure de tous les ports de commerce de France. La Flotte fait alors commerce du vin et du sel. La gravure montre le grand bassin et le développement de l’habitat autour du port, des maisons plutôt rares à l’île de Ré à deux ou trois étages. L’activité du port est importante avec ses grands bateaux et ses tonneaux.

En face, un second bassin permettait la manoeuvre des grands bateaux. Mais la présence de ce bassin est discutable car d’autres gravures n’en font pas mention.

Port de La Flotte - Gravure

« S’il a existé, aujourd’hui il est comblé. Il était situé entre ce qu’est la galerie Sénac et le bar-restaurant Le Bariolé ».

Port de La Flotte - 5 avril 2016

Au 19e siècle, La Flotte est un port de pêche aux thons et aux pétoncles. Jadis l’encan, le marché aux poissons, se trouvait là où est la galerie d’art. La Flotte était aussi port de voyage, les gens y faisaient escale pour les allers-et-retours en bateau entre le continent et l’île de Ré. Le bâtiment de la Compagnie Rétaise était installé au bout du quai Sénac ».

Phare du port de La Flotte - 5 avril 2016

 

La jetée courbe et le phare ont été rajoutés en 1850.

Et au 21ème siècle, on se défend contre la mer avec la mise en place d’une porte anti-submersion, et la construction d’un parapet le long de la promenade ».

 

LA PLACE D’ARMES, DEFENSE MILITAIRE DE SAINT-MARTIN DE RE

Place d'Armes - Saint-Martin de Ré - 19 avril 2016

Le 19 avril, Stéphanie mène la visite sur l’ancienne place d’Armes. Elle replace la défense de l’île de Ré dans son contexte : « Depuis le début du 17ème siècle, l’île de Ré est un lieu stratégique du point de vue militaire. En 1620, durant la guerre contre les protestants, Louis XIII a rapidement fait protéger l’île avec des forts et des redoutes, car elle est notamment un lieu de ravitaillement des armées.

Lorsque Louis XIV développe sa politique d’armement de marine et qu’il créé l’arsenal de Rochefort, l’île de Ré, l’île d’Oléron et l’île d’Aix deviennent des positions avancées pour la protection de l’arsenal. Dès les années 1670, Vauban est envoyé sur les côtes atlantiques pour réfléchir à cette protection. Il conçoit ou remet en état les redoutes à Sablanceaux, au Martray, aux Portes, et aussi le Fort de la Prée.

En 1681, Vauban fait édifier les fortifications et la citadelle de Saint-Martin, et au centre de la ville il prévoit une place d’Armes. Saint-Martin devient place forte.

Un zoom du plan relief, daté 1703 dont l’original est au musée des Invalides à Paris, montre que la place est carrée, entourée d’ormes. La plantation d’arbres faisait partie de la stratégie militaire : ils servaient à cacher la fumée des tirs de canons à l’intérieur des murs de fortifications. Pour faire la place d’Armes, Vauban déplace les anciens cimetières, catholique et protestant. Dans ses plans il prévoit même l’installation d’une halle, pour le marché et pour mettre les soldats à l’abri pendant les tours de garde. Cependant ce projet ne sera jamais réalisé. 

Vauban a localisé la place d’Armes à équidistance des deux portes de la ville, Thoiras et Campani, et de celle du port. Elle servait aux manoeuvres des soldats ».

Zoom du plan relief de Saint-Martin de Ré

Que reste-t-il de la place d’Armes de Vauban ? 

Corps de garde - Office notarial - 19 avril 2016

 

Le corps de garde, dit de la Ville, aujourd’hui office notarial.

 

 


Modèle corps de garde de Vauban - 19 avril 2016« La grande majorité des corps de garde de Vauban sont dessinés sur un même plan : un bâtiment en rez-de-chaussée, avec à l’avant une arcade ouverte, pour permettre de monter la garde à l’abri, et à l’intérieur deux pièces : une pour les gardes et une pour l’officier qui gérait la compagnie.

 

Celui de la Ville est un peu spécifique, car il contenait une prison avec quatre cachots : deux en bas et deux à l’étage. Cette prison était dédiée aux soldats. Il y avait en effet une justice interne.

Entre 1685 et 1692 douze corps de garde sont édifiés à Saint-Martin. Celui de la Ville. Trois près de chaque porte, Thoiras et Campani. Trois sur le port. Celui dit de la Chaîne, qui comme son nom l’indique renfermait la chaîne qui barrait l’entrée du port, le Yachting Club de Saint-Martin y est installé aujourd’hui. Un autre en face qui est maintenant un hôtel-restaurant. Celui du bout du port, il a disparu. Un, dit Sainte-Thérèse, est visible dans le camping municipal, c’est aujourd’hui le snack. Un en face de la boite de nuit, le Bastion.

Puits de Vauban - Saint-Martin-de-Ré - 15 avril 2016

Vauban a conçu la place forte de Saint-Martin  pour pouvoir, le cas échéant, abriter l’ensemble de la population de l’île de Ré, qui comptait alors 16 000 personnes + le bétail.

A l’intérieur des fortifications, des puits ont été édifiés pour permettre le ravitaillement en eau ».  

Il en reste un sur la place de la République, ex place d’Armes, en face de l’office notarial.

« En 1674, Louis XIV fait envoyer des moines Charitains à l’île de Ré, afin d’instaurer un véritable hôpital, une institution qui manquait alors, pour prendre soin des troupes en poste et soin de la population rétaise. Les moines s’installent dans l’hôpital Saint-Julien, qui existait déjà au Moyen-Age.

Saint-Martin de Ré - Aile Saint-Louis de l'hôpital - 15 avril 2016

 


« Ils font construire l’aile Saint-Louis de l’hôpital, et ils acquièrent des maisons autour de la place, qu’ils louent à des particuliers. 

 

Saint-Martin de Ré - Hôpital - 19 avril 2016En 1776, le Père Ignace, prieur des Charitains, commande la construction de l’aile Saint-Honoré, aujourd’hui l’hôpital de l’île de Ré.

Elle  n’a jamais été terminée. En gros, elle aurait dû faire deux fois la taille de ce qu’elle est actuellement.

 

Le Père Ignace gère aussi la rénovation du couvent des Capucins. Le bâtiment n’existe plus.

Mairie de Saint-Martin - 15 avril 2016

 

Ce moine aimait bien les travaux ! Il fait transformer trois maisons achetées par ses prédécesseurs, à des fins de revenus locatifs. C’est le bâtiment de l’actuelle mairie.

 

A la demande du Roi Louis XV, la bâtisse sera vendue pour abriter les Cadets Gentilshommes, la Compagnie créée par le roi. Ces jeunes nobles désargentés seront ici formés et préparés en vue de la défense des colonies françaises contre les Anglais. Ils y sont logés, mais ce n’était pas une caserne.

L’immeuble est intéressant au niveau de l’architecture du 18ème siècle. La façade est dite écran, elle cache les trois accès des trois maisons, que l’on retrouve à l’arrière de l’édifice. Le rez-de-chaussée est décoré en bossage en tables, creusé dans la pierre. Le jeu de symétrie, ordonnancé, est marqueur de l’époque, avec la porte au centre et de chaque côté deux corps identiques, avec des fenêtres alternées avec et sans fronton. L’architecture antique, à la mode à l’époque, est rappelée avec des pilastres et des corbeaux décorés. Au dessus de la porte d’entrée, un écusson devait porter des armoiries, il a été bouché à la Révolution.

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Stéphanie poursuit : « A la fin du 17ème siècle, en 1788, on inaugure ici une place dite Royale, en l’honneur de Louis XV. Elle a été voulue par le Gouverneur. Ici, c’est votre Concorde, comme celle de Paris, mais en modèle réduit ! »

Au centre, elle comportait une statue pédestre du Roi, posée où se trouve aujourd’hui le monument aux morts. Elle a été supprimée au moment de la Révolution.

La création de l’hôtel des Cadets Gentilshommes ordonnance aussi le décor de cette place. A l’époque, on mène alors une réflexion sur les bâtiments qui font face à la statue du Roi. Pas question d’y mettre une taverne par exemple, la place est royale !

Saint-Martin de Ré - Carte de la place Royale - 15 avril 2016Sur la carte datée 1768, vous reconnaissez les arbres de Vauban. 

Au fond, le couvent des Capucins.

Pour mettre en valeur la statue pédestre du Roi, des gradins sont installés à l’arrière.

 

 

La statue est garnie de deux lions, dont il reste des vestiges. Encore sur la place, ils ont été déplacés. Quant à la statue, elle a été détruite à la Révolution en 1793, la tête du roi est néanmoins conservée au musée Ernest Cognacq.

Un Gouverneur dirigeait l’île de Ré. Il est le représentant du Roi. C’est un militaire, il est chef de l’Etat-major, chargé des finances, et entre autres de la lutte contre les protestants.

Il habite un grand palais. Derrière, un grand jardin à la française, dans lequel sont bâties des petites maisons, et une fabrique de jardin, un cabinet qui faisait office de bureau et qui embellissait le décor. 

Palais du Gouverneur de l'île de Ré - Plan de 1737

 

Un plan, daté 1737, montre comment le bâtiment a été reconstruit afin que le Gouverneur y réside avec son état-major et son personnel.

 

Aujourd’hui, il ne reste plus grand chose du palais du Gouverneur. Lorsque la Fondation Louise de Bettignies l’a racheté pour en faire un préventorium, l’ensemble a été reconfiguré. En 1980, après la fermeture de l’établissement, Pierre et Vacances l’a acquis pour en faire des meublés de tourisme. Le jardin n’existe plus.

La place porte les traces de l’histoire de Saint-Martin. Les noms sur les murs la racontent : place d’Armes, place Royale, place Nationale après la Révolution,  place Louis XV à la Restauration, puis de nouveau place d’Armes en 1870 période de guerre.  A la fin du 19e siècle elle devient place de la République, comme elle est nommée aujourd’hui.

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L’histoire militaire, c’est aussi l’histoire des monuments aux morts. En 1922, Saint-Martin fait appel au sculpteur Raymond Delamarre. La mère de l’artiste étant native de ce village, l’artiste s’est porté candidat auprès de la commune.

Elève des Beaux Arts avant la première guerre mondiale, il s’est formé à la taille de pierres chez un marbrier. Enrôlé dans l’armée, il est préposé à la relève des morts sur les champs de bataille. Sa mission : chercher les identités des morts sur les médailles. Un poste très difficile, dont il revient traumatisé. Artiste en résidence à la villa Médicis, en 1919 il remporte un prix de Rome de sculpture. Dans les années 30, il réalise le monument du canal de Suez, et il décore des paquebots. Son style, plutôt académique et traditionnel au début, a évolué au fil du temps. Il a marqué l’histoire de l’Art.

Le monument aux morts de Saint-Martin présente deux figures féminines, strictes dans la réalisation. A gauche, une victoire qui regarde devant elle. A droite, une veuve drapée qui regarde le nom des soldats disparus, inscrits sur la table centrale.Saint-Martin de Ré - Monuments aux morts - 19 avril 2016

40 minutes montre en mains, la conférence se termine sous les applaudissements des cinquante personnes venues s’instruire.

 

KLARA, BATTERIE ALLEMANDE DE DEFENSE MILITAIRE

Le 21 avril, le service Patrimoine nous emmène à Saint-Clément des Baleines, pour une visite-flash sur le site des blockhaus, édifiés à la demande de l’occupant allemand.

Le groupe est limité à 50 personnes, mais beaucoup plus se sont inscrites et malheureusement n’ont pu assister à la conférence.

Il ne s’agit pas de Karola, site militaire dont l’accès est interdit, mais de Klara, lieu tout aussi intéressant de mémoire.

Actuellement il n’est pas possible d’aller sur la Conche par le sentier. Il est provisoirement fermé en hiver et au printemps, à l’instar du Pas de Zanuck, afin de protéger la dune bien fragile. Le jour de la visite, la commune de Saint-Clément a exceptionnellement accepté son accès.

Conche des Baleines - Blockhaus - 21 avril 2016

Patrimoine- Visite flash - Klara - 21 avril 2016Hélène Gaudin, guide-conférencière, remémore comment la seconde guerre mondiale a éclaté : « Hitler chef de l’Allemagne nazie, décide de ré-armer son pays. Il attaque l’Autriche puis la Pologne. L’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Le 14 juin 1940, les armées d’Hitler réussissent à rentrer dans Paris, c’est le début de l’occupation allemande. Peu de temps après, le général Pétain signe un armistice, en collaborant avec l’ennemi.

Carte de la France libre - Ile de Ré - 21 avril 2016

A partir de ce moment là, la France est coupée en deux. En vert, la zone occupée, elle intègre la façade atlantique et le nord. C’est là que seront construites les casemates.

 En jaune, la France libre, poche de la Résistance qui tente d’empêcher la progression allemande.

 

Affiche guerre 39-45`

Au départ, les Allemands n’ont pas été mal accueillis. Ils étaient polis, courtois, ils faisaient des  efforts pour s’intégrer.

Les affiches de pub de l’époque conseillaient aux familles abandonnées de  faire confiance aux soldats allemands !

 

Hélène Gaudin - Service Patrimoine CDC - 21 avril 2016Hélène raconte : « L’île de Ré fait partie de la zone dite interdite, avec la présence de 2 500 Allemands. On imagine combien le ravitaillement n’est pas facile à gérer…

En 1942, les Allemands apprennent que le Général de Gaulle prépare quelque chose depuis Londres, il a lancé l’Appel du 18 juin. Nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre ! L’armée ennemie est informée qu’un débarquement s’annonce dans le Pas-de- Calais. Depuis le ciel, elle a repéré un camp avec des abris de tôle et des chars. Des soldats s’entraînent jour et nuit sur les plages anglaises.

Le Fürher décide alors de faire construire le mur de l’Atlantique. Ils s’étendra de la Norvège jusqu’aux Pyrénées. 15 000 ouvrages sont prévus, seulement 8 000 seront réalisés.

En parallèle, Hitler renforce la défense dans le Pas-de-Calais, persuadé qu’un débarquement peut s’y produire. Or, le camp anglais est un leurre des Alliés pour tromper l’ennemi. Tout est faux sauf les abris ; les chars sont en carton pâte ou en structure gonflable. Cependant le sol des plages anglaises, sur lequel les troupes alliées s’entraînent pour de vrai, est le même que celui des plages de Normandie où le débarquement aura bien lieu. 

La position de l’île de Ré est géographiquement stratégique pour l’armée allemande. 300 casemates y sont construites. Il ne s’agit pas seulement de blockhaus.

Karola est un avant-poste pour protéger la base navale de La Pallice, le site sera construit de toutes pièces. Les Allemands utilisent aussi les anciennes batteries de côtes qui existent depuis le 17e siècle. Dans la Redoute de Sablanceaux, par exemple, ils construisent un blockhaus à l’intérieur. Ils remettent les batteries de Sainte-Marie et de La Couarde au niveau de la technologie du jour. Cependant ils se rendent compte que ce n’est pas suffisant. 

Entre ces batteries de côtes, les Allemands en ont construit d’autres. C’est le cas de Klara, sur la Conche des Baleines, constituée de quatre blockhaus, comme le montre la vue aérienne. 

Les quatre blockhaus de la batterie Klara sont des artilleries de côtes. A l’intérieur, de gros canons peuvent tirer à plusieurs kilomètres. D’autres blockhaus sont construits sur les dunes et les falaises, ce sont des points défensifs d’approches, les canons sont plus petits et tirent moins loin.

Conche des Baleines - Batterie Klara

Hélène enchaîne : « Au départ les blockhaus étaient sur la dune. Avec l’érosion ils ont glissé sur la plage. Ils n’ont pas de fondations, ce sont de gros blocs de bétons posés sur le sable. Ils n’étaient pas faits pour durer, ils étaient là en prévision d’un possible débarquement. 

Trois des blockhaus de Klara seront détruits à l’automne 2016. Ils sont tombés sur la plage, ils créent un effet venturi, un effet tourbillon. Lorsque la mer s’engouffre de chaque côté, elle ronge le pied de la dune. Cette dune est domaniale, elle appartient à l’ONF. Pour la protéger il faut démanteler ces constructions. Le béton sera concassé, et réutilisé pour la digue des Doreaux, actuellement en construction sur la partie nord de Saint-Clément ».

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Une carte répertorie les constructions à l’île de Ré, au 1er janvier 1944  : blockhaus et, à l’arrière de la dune, abris en tôles pour les hommes, les munitions et la logistique. 

Ile de Ré - Carte des constructions allemandes au 1er janvier 1944

Photo guerre 39-45

Edifier ces blockhaus sur 4 400 km, sur tout le mur atlantique, a nécessité onze millions de tonnes de béton et un million de tonnes d’acier pour les ferrailles.

450 000 ouvriers, la plupart recrutés de force, y ont travaillé. Ils avaient entre 15 et 18 ans, trop jeunes pour partir à la guerre. Ils étaient rémunérés, ils gagnaient le double du salaire habituel en France, et bénéficiaient d’avantages sociaux.

Des entreprises de BTP ont aussi oeuvré, certaines réquisitionnées et d’autres volontaires.

 

Les Allemands ont utilisé le petit train. Ils ont renforcé les rails et rajouté des wagons pour alimenter chaque site en munitions. Ils ont conforté les routes pour le passage des camions, et aussi le réseau téléphonique pour pouvoir communiquer d’un poste à l’autre.

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les Alliés ont débarqué en Normandie. Les blockhaus de l’île de Ré n’ont jamais servi ».

En novembre 1961, le film Le jour le plus long a été tourné ici. Le Pas de Zanuck a été aménagé de toutes pièces afin de faciliter le transport du matériel de tournage. Depuis, cet accès à la mer porte le nom du réalisateur du long métrage.

LA PORTE THOIRAS, DEFENSE MILITAIRE DE SAINT-MARTIN DE RE

Le 26 avril, Guillaume Cudennec, conférencier patrimoine de la mairie de Saint-Martin, fait découvrir l’ensemble défensif que constitue la porte Thoiras, à une trentaine de personnes.

Encore de quoi plonger dans l’univers de l’ingénieur Vauban, Commissaire général des fortifications du royaume de Louis XIV.Porte Toiras - Saint-Martin de Ré - 26 avril 2016

Porte Toiras - Saint-Martin de Ré - 26 avril 2016

« En linéaire cumulé de maçonnerie, les fortifications de Vauban représentent douze kilomètres de murs de chaque côté des fossés.

Deux portes y sont percées. A l’Est, la porte Thoiras, son nom d’origine est porte de La Flotte, en direction de ce village.

A l’opposé, à l’Ouest, la porte des Campani, autrefois dite porte de La Couarde.

Ces deux portes, aux plans plutôt semblables, sont des points de passage pour rentrer et sortir de la place forte. Elles sont aussi des points de contrôle, par le biais des corps de garde situés de part et d’autre.

Porte Toiras - Saint-Martin de Ré - 26 avril 2016

 

Aujourd’hui la porte Thoiras est utilisée par les piétons et les cyclistes.

Jusqu’en 1925, c’était le passage obligé pour rentrer dans Saint-Martin en voiture. Même le petit train passait là pour la desserte du port.

 

A cette date, l’ensemble des fortifications  a été déclassé du point de vue militaire, elles ne sont donc plus sous le contrôle de l’armée. Cependant les portes de la ville sont classées au titre des Monuments historiques, prouvant leur intérêt et les sauvant d’un arasement éventuel.

Remparts de saint-Martin de Ré - 21 avril 2016

 

Une brèche a été volontairement percée dans l’enceinte urbaine du rempart pour aménager une route, et détourner ainsi la circulation des automobiles sous la porte. Le fossé a été comblé ».

 

 

Les fossés n’ont jamais été remplis d’eau. Au centre, un drain permet d’évacuer les eaux de pluie vers la mer.

A qui appartiennent-ils ? Du côté route, à la commune, qui est chargée de leur entretien. De l’autre côté et jusqu’à la mer, ils appartiennent au Ministère de la Justice, avec la prison au centre. Par ailleurs, la commune de Saint-Martin a acheté à l’Etat le front de mer de la Citadelle, y compris son port, pour ensuite pouvoir entamer des travaux de restauration, subventionnés par le ministère de la Culture.

« La porte Thoiras est un passage voûté, fermé par deux vantaux en chêne. Côté ville, subsiste celui de droite, avec une porte cochère qui laissait passer les soldats. Au dessus, un système d’orgues, de herses. A l’étage, en quelques secondes, il pouvait être actionné avec des cordes, les poutres en bois venaient s’encastrer dans le sol, et bloquer le passage en cas d’attaque. 

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Dans le sas, une fosse en bois accueillait le contre-poids du pont-levis. Les soldats appelaient cela un tape-cul. En manoeuvrant le tablier il fallait faire attention à ne pas être écrasé par le contre-poids à l’intérieur de la fosse. On y descendait par un escalier en pierres.

A l’origine le pont-levis était en bois, tout comme la partie fixe du pont dormant, qui permettait de franchir le fossé, large d’une quarantaine de mètres.

Au cas où un ennemi viendrait à assiéger la ville, la population pourrait se réfugier derrière les remparts, le pont en bois serait facilement démonté, le bois rentré à l’intérieur de la ville. Ce passage bien fermé empêchait un assaut frontal ».

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Guillaume relate : «Dans les archives, les ingénieurs font des commentaires sur l’entretien des éléments en bois, le matériau vieillit vite en bord de mer. A la fin du 18ème siècle, des deux côtés de la ville, les ponts en bois sont remplacés par des ponts en pierre. Avant tout pour des soucis d’économie, mais aussi car l’intérêt stratégique de ces portes est déclinant.

Une deuxième porte à vantaux, tournée vers l’extérieur, s’ouvre vers un autre ouvrage défensif dit en demie-lune, de forme triangulaire. Situé en avant du fossé principal, il permet d’éviter les tirs directs à distance. Avec en plus, un corps de garde, aujourd’hui logement de fonction de l’administration pénitentiaire. Et après encore, une autre porte, avec encore un autre pont-levis, donc un double fossé. L’idée étant de multiplier les éléments de surveillance et de contrôle ».

Avec tout cela, bonne chance à celui qui ose s’attaquer à Saint-Martin, qui semble bien imprenable !

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Visite de la porte Toiras - Sint-Martin de Ré - 21 avril 2016

 

Le conférencier explique  : « Une troisième porte existe : celle de la Citadelle, richement décorée, elle fait face à la mer, au Nord. Elle ne se visite pas, elle fait partie de la prison actuelle.

 

La porte Thoiras est la plus abîmée. Du fait de la construction en pierre calcaire régionale, mais sans doute aussi du fait de destructions qui ont pu être volontaires au moment de la Révolution, lorsqu’on a martelé les blasons royaux. Quelques décors apparaissent encore. En haut, au milieu du fronton triangulaire se trouvait le symbole du Roi Soleil, un visage jeune, avec des volutes de nuages et des rayons de soleil. La couronne royale était surmontée d’un blason, qui, à l’origine portait des fleurs de lys. Il a été sommairement restauré dans les années 1970. A gauche, trois boulets sont positionnés dans l’axe d’un canon. Ces décors sont en fait des outils de propagande, en l’honneur du Roi, qui en était le commanditaire ».

Les décors présentent un mélange de vocabulaire. Ils sont inspirés à la fois de l’art antique et de l’art contemporain du 17e siècle. A l’Antiquité, les étendards drapés étaient symboles des victoires, symboles des étendards pris aux armées vaincues sur les champs de bataille. Tout comme le faisceau, que l’on voit encore, était symbole de l’ordre dans la Rome antique.

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Les gros blocs de pierre de taille des murs de fortifications proviennent de Taillebourg, village sur les rives de la Charente, Vauban ayant lui-même choisi la carrière. Les moellons et les pierres plus grossières viennent de l’île de Ré. Le fond des fossés a été taillé directement dans la roche. On ne connaît pas la provenance des pierres du décor de la porte ».

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Quand, comment et pourquoi les noms des portes ont-ils été donnés ?

Guillaume raconte un pan important de l’histoire rétaise : « Lorsque Vauban commence son chantier en 1681, il a en tête les épisodes guerriers de l’île de Ré, quelques décennies auparavant.

Sous le règne de Louis XIII, les îles d’Aix, d’Oléron et de Ré sont occupées par l’armée royale, avec pour objectif l’encerclement de La Rochelle. Le roi cherche à étouffer par la mer et par la terre la ville huguenote est rébellion contre son Roi. Il envoie Thoiras s’implanter durablement à l’île de Ré et y déloger les troupes protestantes.

En 1625, Thoiras débarque au Banc du Bucheron aux Portes. Il fait construire le Fort de la Prée à La Flotte, pour contrôler le passage entre La Rochelle et l’île de Ré et un second fort à Saint-Martin, à l’emplacement actuel de la Citadelle.

En 1627, les troupes anglaises du duc de Buckingham débarquent à Sablanceaux, pour tenter de desserrer l’étau de leurs alliés protestants autour de La Rochelle. Ils font le siège de la Citadelle qui dure plusieurs mois. Richelieu envoie une armée de secours, les Anglais fuient l’île de Ré. Thoiras a rempli sa mission, Richelieu a les mains libres pour faire le siège de La Rochelle. En novembre 1628, la ville se rend au terme de treize mois de siège.

En 1629, la Citadelle ne sert plus à rien, elle est rasée. Thoiras est promu Maréchal de France. En 1681, à son arrivée sur l’île, Vauban trouve les ruines de ce bâtiment. Il le reconstruit et rajoute une gigantesque plateforme pour éviter une nouvelle descente anglaise, car la précédente Citadelle avait montré des failles dans le dispositif. Les travaux de fortifications de la ville ont duré quatre ans. 

Bien plus tard, en 1871, la municipalité de Saint-Martin décide de rebaptiser les portes de la ville. Une en hommage à Thoiras, et une autre, Porte des Campani, en hommage aux soldats du régiment de Champagne, basé à Saint-Martin pendant cet épisode guerrier, troupe que l’on appelait les Campani.

Du temps de Vauban, les fortifications n’ont pas servi. Elles étaient suffisamment dissuasives pour que l’ennemi ait envie de s’y attaquer. Il n’y a pas eu de débarquement à l’île de Ré, si ce n’est l’occupation allemande près de 300 ans après ». 

La conférence se termine par la visite de l’étage de la porte Thoiras, qui n’est accessible qu’exceptionnellement.  Porte Toiras - Sint-Martin de Ré - 21 avril 2016

Lucette Noviel est la présidente des Amis des Fortifications de Saint-Martin de Ré. Avec humour, elle appelle cet étage le pigeonnier. Pendant de longues années, le lieu a été laissé à l’abandon les ramiers s’y sont confortablement installés. A l’initiative de l’association, il a été nettoyé avec le soutien des agents communaux. Un jour qui sait, sera t-il restauré ? Sa toiture est en ardoises, ce qui est rare dans la région, elle est un signe ostentatoire de qualité et de prestige du bâtiment.

Guillaume nous en ouvre les portes. L’escalier en pierres est en colimaçon. 30 marches bien étroites et fort serrées !

En haut, la surprise est totale. Wahh la vue ! s’exclament les visiteurs. C’est vraiment surprenant et magnifique. Si ce n’est la prison à côté, avec ses câbles anti-hélicoptères…

Le corps de garde est bien planté, tout comme la caserne pour les troupes, voulue par Vauban. Dans les années 1950, cet édifice est intégré à la prison et entouré d’un mur d’enceinte.

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Les poutres des orgues sont en chêne, elles ont 300 ans et elles sont intactes. On imagine le soldat montant à l’étage de la porte, actionnant les cabestans afin de mouvoir le système qui enroulait les cordes autour de l’axe, et faire monter ou descendre les herses en bois qui défendaient  la ville. Les cordes n’existent bien sûr plus, mais les crochets oui. Oh que c’est beau !  Dommage pour ceux qui ont loupé cette visite…

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TROIS EDIFICES MILITAIRES SUR LA PLACE CARNOT D’ARS

28 avril, dernière visite-flash du programme concocté par l’équipe patrimoine de la CDC. Aux manettes, de nouveau Stéphanie pour parler de trois édifices sur la place Carnot d’Ars-en-Ré qui retiennent l’attention dans l’histoire militaire de l’île : l’église, le corps de garde et le monument aux morts.Eglise d'Ars-en-Ré - 28 avril 2016

La conférencière nous embarque dix siècles plus tôt. « L’île de Ré est un site stratégique depuis son développement au Moyen Age, même si l’on sait que l’installation humaine s’est faite depuis l’Antiquité. Au 11ème siècle, sous l’impulsion de Guillaume Le Grand, l’île va prendre une importance économique : les bourgs se développent, on défriche, on plante de la vigne, on construit. Les parties les plus anciennes de la première église d’Ars, dite Prieuré, dateraient de cette période. Elle a été édifiée sous la houlette de l’Abbaye de Saint-Michel en L’Herm en Vendée.

Pour la partie médiévale, nous ne disposons que de peu d’informations sur la défense de l’île de Ré. On sait que les Seigneurs avaient construit une motte castrale, un château en bois construit sur une motte en terre. Il se situait à peu près où se trouve aujourd’hui l’Abbaye des Châteliers, à La Flotte. Dans les autres lieux, les habitants avaient l’habitude de fortifier l’église, en fait le grand monument de la commune, pour se protéger en cas de siège. C’est le cas des églises de Sainte-Marie, de Saint-Martin et d’Ars.

Plan de l'église d'Ars daté 1794

Sur le plan de l’église d’Ars, daté 1794, le trait arrondi montre l’emplacement de ce qu’on appelait le château. C’était en fait un mur fortifié, sûrement pourvu de créneaux en haut. Il s’ouvrait sur l’extérieur par trois portes, sur lesquelles se trouvaient des tourelles comme système de défense.

Ces murs ont perduré jusqu’à la fin du 18ème siècle.

 

En gros, le dessin des escaliers qui descendent aujourd’hui à l’église, correspond au bord de l’ancien mur.

 

On peut penser que c’est au 14ème siècle, pendant la guerre de Cent Ans, une période au coeur du Moyen-Age particulièrement troublée à l’île de Ré, que l’on a fortifié les églises. Il faut imaginer qu’à cette époque Ars est la ville importante du nord de l’île. Ars est alors une île indépendante, avec sa propre paroisse. Le passage du Martray ne s’est bouché qu’à la fin du 15ème siècle. La fortification de l’église est intervenue avant la fermeture du passage du Martray.

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La flèche du clocher n’existait pas. La plateforme carrée, de base romane, servait de tour de guet.

Dans le choeur à l’intérieur de l’église, des plaques portent les noms des hommes tués lors de la bataille d’Ars de 1625, et inhumés à ce moment-là dans l’église.

Le plan de 1794 indique aussi la présence d’une artillerie, qui était plutôt un stock d’armes. La monarchie est terminée, mais les communes se ré-arment pour faire face aux troubles post- révolutionnaires.

Après la Révolution, en 1793, il est demandé de détruire ces murs qui ne servent plus afin de permettre aux milices, en fait la garde, de faire leurs manoeuvres. La place Carnot n’est toutefois pas une place d’Armes, comme à Saint-Martin.

Le texte d’un arrêté municipal indique que les murs qui entourent l’église sont d’un entretien considérable et qu’ils servent de repaires aux enfants pour y faire leurs immondices. Que ces murs ont trois entrées, et qu’ils multiplient encore les frais. Qu’outre leur inutilité, ils deviennent nuisibles aux exercices militaires. Le bataillon réuni ne peut faire aucune évolution, alors que les murs abattus rendront le champ de bataille plus étendu et plus commode aux différents mouvements de l’exercice exigé.

Ces murs sont apparemment devenus gênants, car la place est un lieu d’exercice militaire. A cette époque aussi, l’église est retirée du culte, les gens s’y rassemblent comme dans une salle de réunion laïque. L’église a été vidée, les meubles et les objets religieux ont été vendus. La question militaire revenant au centre des débats municipaux, la mairie demande de récupérer les pierres démontées de l’ancien mur et de l’ancienne chapelle pour construire une poudrière.

On n’y pense pas toujours, mais à Ars l’église est sans doute finalement le lieu militaire le plus présent, constate Stéphanie.

P1170433Sur cette place, au 17ème siècle, un corps de garde a été construit, à partir des plans de Vauban.

Le corps de garde est un bâtiment incontournable à partir du moment où une ville est d’intérêt stratégique, et qu’elle dispose d’une garnison. Il y en avait pratiquement dans tous les villages de l’île. Certains ont disparu, mais celui d’Ars est conservé à peu près dans sa forme originelle.

 

Une partie était réservée aux officiers, une autre aux soldats, et à l’avant une galerie couverte pour être à l’abri des intempéries pendant la garde, avec une cheminée pour se chauffer.

Ars-en-Ré - Corps de garde - 29 avril 2016Ars - Prison du corps de garde - 28 avril 2016

Ici, nous sommes au centre du bourg. La particularité, comme à Saint-Martin, est qu’en plus il y avait une prison accolée, un cachot, destinée aux soldats qui avaient fait des fautes.

Il figure encore sur le cadastre napoléonien de 1840 ».

 

Il se situe entre ce qui est aujourd’hui un commerce et le bureau de tourisme. Il est certain que je ne regarde plus ce bâtiment de la même façon !

« Vauban attache beaucoup d’importance à l’adaptation de ses constructions à la région dans laquelle il oeuvre et à faire travailler des artisans locaux. Il donne des instructions sur l’esthétique de ses corps de garde de l’île de Ré. Et notamment pour la toiture, qu’il convient d’utiliser la tuile creuse pour se fondre dans l’artichitecture et le paysage rétais ».

Les tuiles d’aujourd’hui ne datent certes pas de l’époque Vauban, mais le concept est d’évidence toujours le même…

« Ce corps de garde a servi jusqu’au 19e siècle. Une garnison surveille la place et ses auberges jusqu à leur fermeture tardive ».

Pour le monument aux morts, la conférencière explique le contexte de sa réalisation.P1170437

« Après la seconde guerre mondiale, le ministère des Beaux-Arts a son mot à dire sur la qualité des oeuvres réalisées pour les monuments aux morts. L’Etat accompagne les communes en octroyant une subvention. Elle est liée au nombre de morts de la commune et au budget même de la commune. Ars obtient une subvention de 1500 F.

La construction des monuments aux morts va développer une véritable économie du monument funéraire. Les marbreries et les entreprises qui fabriquaient des armes vont se réorienter vers cette nouvelle activité.

Catalogue de monuments aux morts - 28 avril 2016

 

Des catalogues, sortes de catalogue de vente par correspondance, proposent différents modèles. Avec des options en ce qui concerne la forme, la finition, le choix de la pierre…

 

En 1925 un arrêté municipal de la commune d’Ars confirme faire appel à un enfant du pays, Jules Bannier, entrepreneur de maçonnerie.

Plan du monuments aux morts d'Ars-en-Ré par Jules Bannier

 

Le dossier complet a été conservé dans les archives municipales. Un dessin à l’encre, vu du haut, montre une création symétrique intéressante entre le jeu des pierres, des marches d’escalier, des pierres d’angles, pour créer une croix. Et en avant, un obélisque plutôt traditionnel.

 

Carte postale monuments aux morts d'Ars-en-RéLes monuments aux morts sont traités comme des monuments funéraires. Autour un espace, dit sacré, est créé.

A Ars, une chaîne ceinturait l’espace, comme le montre une vieille carte postale. En raison de dégradations sur le monument, elle a été ensuite remplacée par une barrière fixe.

 

Outre la dédicace sur le monument, sont présents la palme, symbole du martyr, en hommage aux soldats morts au champ d’honneur, et la couronne de lauriers qui reconnaît le sacrifice, et sur les côtés une couronne d’immortelles.

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Ars - Monument aux morts - 28 avril 2016

 

Autour, sont fichés des obus. Ce sont des prises de guerre redistribuées gratuitement aux communes. Ils sont issus des stocks de munitions ou d’armes, réutilisés pour le décor des monuments aux morts.

 

Au terme de la conférence, les 50 personnes présentes applaudissent l’ultime visite de la série de ces rencontres Patrimoine du mois d’avril.

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Un grand merci à Stéphanie, Hélène et Guillaume pour nous avoir immergé avec passion dans l’histoire de l’île de Ré.

Cependant nous n’en avons pas encore terminé avec la Défense militaire de l’île de Ré. Les visites-flash n’étaient qu’un avant-goût !

Du 8 au 12 juin, va prendre place le premier Festival organisé par l’équipe Patrimoine de la CDC, toujours autour de ce thème. Cinq jours de conférences, visites guidées, spectacles, dont j’aurais l’occasion de vous en reparler. Vous trouverez le programme sur le site internet de la Communauté de Communes, des brochures détaillées sont également disponibles dans les bureaux de tourisme. Il faut vite s’inscrire, car les places sont limitées.

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