Seb

Sebastien Renaud, compagnon, papa, frère, fils, ami, copain, confrère, s’en est allé l’après-midi du samedi 20 septembre.

Nos coeurs ne veulent pas y croire. Toi ! Sébastien ! Si plein de vie ! Et pourtant oui, la nouvelle se propage sur toute l’île de Ré à la vitesse de l’éclair, elle est vilainement bien réelle… Fauché par une voiture au Bois-Plage sur la route départementale, toi rentrant à moto à Ars-en-Ré, suivi par ton copain Jérôme.

Quelques jours après, nous nous retrouvons très nombreux sur la plage du Jars à Ars, un spot que tu affectionnes tout particulièrement. Ce dernier rendez-vous est à ton image, chaleureux et unique. Sébastien Renaud

Pierre Sadoul a écrit ces quelques lignes :

« C’est un coup de tonnerre dans un ciel serein, cet après-midi du samedi 20 septembre. L’inconcevable nouvelle traverse l’espace-le temps. Stupeur, sidération. Tout va trop vite, on n’a pas le temps de réaliser, on est sous le coup, abasourdis.
Issu d’une famille loidaise, Sébastien portait joyeusement toute la modernité dans son activité professionnelle, culturelle et sociale tout en revendiquant ses racines, les traditions, les modes de pensée et de vivre des îliens avec leurs ancrages dans la terre, le littoral, la mer, les estrans, les marais, la défense de leur île et de leur identité. Sébastien n’ouvrait son espace de vie qu’aux gens avec qui il était dans un accord profond sur la façon d’envisager l’existence.
Actif, entreprenant, ouvert à son interlocuteur, ingénieux, Sébastien à l’esprit rapide, incisif, à l’humour débordant et décalé, Sébastien si efficace, qui tient parole, bien ancré dans la vie, sans cesse en anticipation et dans le concret. Sébastien est un créatif, un poète qui s’ignore… Dans son regard direct, profond, on sent le plaisir de vivre. 
Que de souvenirs avec son 4X4 à benne, ses motos, la mer, les marais, les fêtes dont il parlait avec passion, l’œil étincelant. Sébastien débarquait sur les chantiers pour harmoniser les interventions, donnant du travail à ses copains de toujours, des gens du village, des gens qu’il appréciait. Son domaine n’était en rien celui des bâtisseurs de maisons clés en main. Il rénovait, améliorait, aménageait astucieusement et efficacement les demeures : c’était un vrai plaisir de discuter avec lui, dans le mouvement et les idées ! Seb était un vrai chef d’orchestre, un coordinateur convivial. 
Avec la famille Renaud on se connaît depuis 1954 à Ars puis à Loix. Qui ne les a pas approchés professionnellement, Sébastien et Jean-Yves, n’a rien vu ! Au travail, le père et le fils sont des bosseurs plein d’énergie, efficaces, en une belle entente, comme dans un ballet, abattant de rudes tâches sans faiblir donnant un produit de qualité. Une équipe, puissante, vraiment objet de toute notre admiration, ces deux hommes sont des professionnels chevronnés… 
Tous les projets quotidiens et à venir sont là, qu’il faut reprendre grâce ce torrent de vie que Sébastien et Marina ont transmis à Ambre et à Sasha.
Cette affluence sur la digue fut une fête initiatique de l’amour et de l’amitié, des rites du passage, merci aux Massaï et de la transmission, bouleversants. Festive réunion, splendide par sa créativité artistique et transculturelle, sa profondeur, son émotion, d’une joie – aussi paradoxal que cela puisse paraître – où Marina en un geste sublime d’amour est enfin l’épouse de Sébastien. Nous avons vécu un moment d’humanité et de beauté à nul autre pareil dans ce cadre si apaisant d’un estran ensoleillé à marée basse, magie rhétaise…
C’est l’adieu le plus rare auquel il m’ait été donné de participer. Si les mots communion/communauté ont un sens c’est au Pas du Jard qu’on l’a éprouvé. Tous solidaires !
La présence de Sébastien est si forte qu’on pourrait se retourner pour le voir, il est là, on lui parle, il nous entend. Cette présence dans notre mémoire, est le fruit de son désir de vie et de sa foisonnante personnalité. Un lien très dense unit Sébastien au monde qu’il vient de quitter.
Pierre Sadoul, Loix, le 3 octobre 2014

Magalie, son amie d’enfance a écrit une lettre depuis New York, où elle réside. Ses mots ont été lus sur la plage :

 « Seb, Cette lettre est la lettre la plus difficile que je n’ai jamais écrite, je crois que traduire du chinois aurait été moins dur ! Ton départ brutal nous a glacé le sang et il me semble que la terre s’est arrêtée de tourner comme un frisson dans l’univers tellement ta présence dans nos vies était vitale. Un départ plein de douleur, de haine, de questions. En un clin d’oeil, ce bonheur c’est envolé. 
Je ne peux plus me rappeler de nos premiers souvenirs, mais je revois des soirées dingues anniversaire, tes compliments sur mon gâteau pour marcher sur la lune, le plombard, sans oublier nos premières soirées d’enfance, ou je te forçais à jouer au papa et à la maman, avec notre fameux aspirateur de boulettes en polystyrène.
Le problème avec toi, Seb, c’est qu’il n’y a pas de mauvais souvenirs. Ton ironie, ta joie de vivre, ton rire et ton sourire charmeur, et bien sûr toutes tes grimaces irremplaçables nous ont tous marqués à vie, et dieu sait si tu vas nous manquer. T’avoir connu m’aura apporté beaucoup de bonheur.
Ton existence aura laissé de grandes traces, en commençant par tes deux merveilleuses filles, et aussi, la femme de ta vie, Marina, qui grâce à elle, nous a rapproché malgré les distances qui nous séparent. Le petit Seb d’Ars en Ré est parti trop vite, mais restera longtemps, très longtemps gravé dans nos coeurs et nos mémoires. 
Magalie, ton amie d’enfance qui t’aimera toujours ».

Sébastien Renaud en bateau avec Jérôme Dorin

 

A chaque fois que je croisais Sébastien, il avait toujours un large sourire, il faisait un coucou en passant en voiture, il avait un mot gentil, il partageait une anecdote, une nouvelle, il parlait bateau, boulot, famille, amitié, projets, île de Ré, envies… Quand nous nous retrouvions chez des amis communs, j’appréciais refaire le monde avec lui, discuter, échanger, communiquer. Le monde tourne toujours, mais sans lui. Pour la communauté rétaise, d’ici et d’ailleurs, son absence est un vide sans mesure.

Une réflexion au sujet de « Seb »

Laisser un commentaire