PPRL, la mobilisation ne faiblit pas

En décembre, Madame le Préfet de Charente-Maritime, Béatrice Abovillier, est venue porter la bonne parole de l’Etat aux Rétais, à propos du futur PPRL (Plan de Prévention des Risques Littoraux). P1270815

En amont des deux réunions tenues à Ars-en-Ré le 9 décembre, et au Bois-Plage le 15 décembre, des affichettes et des banderoles ont fleuri un peu partout dans l’île de Ré. En particulier au nord de l’île, bien plus impacté que le sud par la révision du PPRL. Dès la sortie des cartes d’aléas par l’Etat, début novembre, un mouvement citoyen Ré-Yé de la carte avait déjà donné de la voix en allant manifester devant la Préfecture.

Depuis, l’inquiétude est allée grandissante quant aux conséquences économiques, sociales, sociétales et humaines, face à ce qui préfigure le futur PPRL.

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Madame le Préfet était donc attendue de pied ferme. A Ars-en-Ré, 1000 personnes. Au Bois-Plage, 1 200 personnes.

Les deux réunions devaient être informatives et tournées vers la concertation de la population. Elles ont été houleuses, le public révolté devant le manque d’écoute et de dialogue. Madame le Préfet, arc-boutée sur sa mission, applique à la lettre la circulaire ministérielle du 27 juillet 2011.

Et même si cette circulaire est pour le moment informative, et pas règlementaire, car elle n’a pas encore fait l’objet d’un décret, c’est néanmoins sur ses bases que les permis de construire et d’aménager ont été instruits ces dernières années par les services de la Préfecture, et que bon nombre de dossiers sont partis en contentieux.

Plusieurs points font lourdement débat et mettent la population rétaise en émoi, voire en colère, devant un certain nombre d’incohérences évidentes :

1 – L’aléa Xynthia + 60. Dans la fameuse circulaire, il est indiqué que cet aléa est basé sur un horizon à 100 ans, alors qu’il est dès maintenant pris en compte par l’Etat pour appliquer des prescriptions d’urbanisme. En parallèle le marégraphe de la Rochelle mesure depuis des années une montée des eaux de 1,4 mm par an. 1,4 mm X 100 ans = 14 cm, il y a encore de la marge entre ces deux chiffres…

Depuis le 1er octobre 2014, la compétence de l’instruction des permis de construire et d’aménager a été transférée par l’Etat aux communes. C’est donc le Service urbanisme de la Communauté de Communes (CDC) qui assure ce travail. L’aléa Xynthia + 20 a été retenu, par l’ensemble des 10 maires de l’île de Ré, comme élément de référence. Ce qui est déjà beaucoup plus que ce que l’île de Ré a vécu le 28 février 2010. En outre, les digues déjà reconstruites, et celles nouvelles en construction dans le cadre des PAPI, l’ont été pour une hauteur de Xynthia + 20. Cette hauteur est imposée et validée par l’Etat.

Les cartes du cabinet d’études Artelia, mandaté par l’Etat, à Xynthia + 60 sont apocalyptiques. Les simulations de hauteurs d’eau, à partir de ces éléments sont édifiantes !

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2 – Un autre point fait grandement polémique : dans ses modélisations l’Etat prend en compte les ouvrages de protection, mais il les brèche à 45 endroits différents alors que même pendant Xynthia ce nombre important de brèches n’a pas constaté. Cela aboutit au final à nier les défenses existantes ! Tout le monde sait bien que, lors du passage de la tempête, en 2010, les digues ont joué un vrai rôle, même si ceux-ci n’a pas été optimal et que les marais ont fort heureusement servi de tampon.  Mais ces digues n’avaient pas été entretenues correctement par l’Etat depuis 60 ans.

C’est aussi faire fi des importants travaux entrepris dans la foulée de Xynthia, 30 millions €, que l’Etat a par ailleurs en partie financés. PPRL - Montant des travaux de digues

La simulation des cartes présentées par l’Etat est quasiment celle d’une île qui serait revenue à son état naturel, sans aucune protection. Le sacro-saint principe de précaution est poussé là à son maximum.

De là à figer toute l’économie locale, il n’y a qu’un pas. Le nord est certes plus impacté que le sud de l’île, mais immanquablement les problèmes au nord auront, à terme, des répercussions sur le sud.

Depuis la mobilisation se poursuit, les messages de Madame le Préfet n’ont pas vraiment convaincus. Ils ont parfois même laissé un goût amer. Une pétition circule chez les commerçants, une autre sur internet, sur le site Change.org, afin de rassembler un maximum de signatures qui seront adressées au Ministre de l’Environnement, en charge de cet épineux dossier.

Les cartes d’aléas sont disponibles dans chaque mairie, parcelle par parcelle, chacun peut aller demander l’information précise. La Préfecture a par ailleurs ouvert un registre dans chaque commune, intitulé Cahier à remarques, où l’on peut aller s’exprimer individuellement, comme on le souhaite, avant le 31 janvier 2015.

 

Même si on parle de ce problème depuis plus de deux ans, la procédure de révision du PPRL n’a officiellement débuté que dernièrement  : l’arrêté de prescription a été signé le 28 novembre 2014 et sa notification aux communes rétaises par la Préfecture, le 3 décembre 2014.

L’espoir serait-il permis ? Tous les Rétais souhaitent une vraie concertation entre les élus et les services de l’Etat, et que soient réellement intégrés les enjeux de vie permanente dans l’île de Ré.

En France, d’autres territoires sont en cours de révision de leur PPRL, et soumis de la même façon à la Circulaire. Ça bouge ! L’île de Ré n’est pas la seule à affronter ce genre de situation. On se sent moins seul quand on sait qu’ailleurs la contestation et les protestations existent aussi.

Les élus du littoral de la baie du Mont Saint-Michel ont saisi Ségolène Royal, Ministre de l’Environnement, en visite sur le site. Un article paru dans le journal local indique : « Les superpositions de la loi littoral, de Natura 2000, du plan de prévention des risques de submersion  contraignent beaucoup les maires dans leurs projets de développement. Il souhaitent de tenir compte du territoire plus que de l’application d’une circulaire. Une pétition a réuni 5 000 signatures pour demander une modification du projet pour en revoir le principe d’inconstructibilité.  Prudente, la ministre a déclaré être prête à aller vers une exception, à condition que des experts confirment que des phénomènes mécaniques comme l’ensablement de la baie ou sa protection face aux vents dominants amortissent bel et bien les phénomènes météorologiques. Elle a donc proposé de reporter l’enquête publique aux mois de mai et juin ».

Le 4 décembre, les élus de Vendée ont voté une résolution à l’unanimité, dans laquelle il est, entre autres, écrit : « Le Préfet de Vendée a présenté aux élus et habitants de l’île de Noirmoutier un premier PPRL le 18 octobre 2012, et que face à la contestation vigoureuse de la population et des élus, il l’a retiré le 8 juillet 2013. Un second PPRL est en cours de préparation et devrait être présenté en février 2015. Le Conseil Général de Vendée demande à l’Etat un travail de coordination et de concertation entre tous les services de l’Etat et les élus locaux et départementaux pour aboutir à des résultats qui soient le produit d’études sérieuses et crédibles et non le résultat de l’application de règles forfaitaires excessives et non démontrées ».

Lors de la session d’hiver du 15 au 19 décembre, les élus du Conseil général de Charente-Maritime ont aussi adopté une motion à l’unanimité : « Le Département de la Charente-Maritime, qui considère que « l’impératif de sécurité des personnes et des biens » exige une protection efficace du littoral, qui constitue une priorité, demande à l’Etat : D’appliquer les procédures simplifiées pour toutes les opérations labellisées et d’en raccourcir les délais d’instruction. De mener une politique de prévention des risques de submersion marine s’appuyant sur une vision partagée et réaliste des risques. De procéder à la reprise des cartes d’aléas et documents présentés dans le cadre d’une réelle concertation avec les élus ».

Lors des cérémonies des voeux 2015, les dix maires de l’île de Ré se sont exprimés sur le sujet. Voici un condensé de leurs déclarations. Le mot solidarité a été prononcé à de nombreuses reprises, du nord au sud de l’île.

Les vidéos suivent l’ordre chronologique dans lequel se sont déroulées les différentes cérémonies de voeux. 10 maires, 10 styles…

 

Le 4 janvier, à Sainte-Marie de Ré et à La Flotte et le 8 janvier à Loix.

Le 9 janvier à La Couarde-sur-Mer et le 10 janvier et à Saint-Martin de Ré  :


Le 10 janvier à Saint-Clément des Baleines :

Le 10 janvier à Ars-en-Ré et au Bois-Plage, le 11 janvier à Rivedoux-Plage et le 17 janvier aux Portes-en-Ré :


Pour terminer sur une note humoristique, je ne résiste pas à partager avec vous trois dessins de Michel Fruchard, résident aux Portes en Ré, dont on connaît le trait acéré. Pendant les réunions publiques, il a rempli quelques feuilles de son carnet de croquis satiriques…

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2 thoughts on “PPRL, la mobilisation ne faiblit pas”

  1. merci Maryline pour ce récap
    la révision du PPRL va être pire que ce veut bien dire Mme la Préfète
    à suivre un texte pour le cahier à remarques

    Concertation PPRL de la part de l’état :
    Beaux panneaux, belles photos
    Carte des risques XYNTHIA + 20 : Vous auriez du la faire encore plus petite ON NE VOIT RIEN
    PAS D’EXPLICATIONS – PAS DE TABLEAU DE CONSTRUCTIBILITÉ
    RIEN !! vous ne dîtes pas que si la route devant le terrain est en aléa modéré à XYNTHIA +20, le terrain est INCONSTRUCTIBLE
    Vous ne dîtes pas que le maximum construit même en plein cœur du village ne doit excéder 50% du terrain.
    Carte des risques XYNTHIA + 60 : INEXISTANTE POURQUOI ?
    La future réglementation se fera sur Xynthia + 60 : hauteur des planchers, constructibilité (il faut que la hauteur entre le terrain naturel et la cote du plancher soit inférieure à 1,00 m), agrandissement, travaux dans l’existant…
    Vous ne dites pas qu’il est interdit de remonter le terrain devant la construction. Ça va être magnifique !!

    VOUS AVEZ UTILISÉ TOUS LES MOYENS POSSIBLES POUR BLOQUER TOUTE CONSTRUCTION, AGRANDISSEMENT OU RÉNOVATION

    Mme LA PREFETE
    VOUS NE VOULEZ RIEN MONTRER AUX HABITANTS
    C’EST HONTEUX
    C’EST DE LA DÉSINFORMATION
    ET DE LA NON INFORMATION

    COMMENT L’ÉTAT PEUT PRÉTENDRE QU’EN 2015, 2050 OU 2100, ON NE PUISSE PAS DÉFENDRE UN TERRITOIRE QUI EXISTE DEPUIS DES MILLIERS D’ANNÉES.
    La mer monte peut être ! (pas si sûre vu que le soulèvement régional est supérieur à l’élévation du niveau de la mer de 2,7 mm/an)
    mais la colère des insulaires OUI !!!!!

    NOUS NE VOULONS PAS DE VOS CARTES

  2. La pétition ne me semble pas assez motivée et assez pauvre en argumentaires.
    Sa portée a l’air assez limitée.
    Par contre le cahier à remarques déposé en Mairie par la Préfecture me parait un bon moyen pour que nous donnions notre avis.
    Surtout qu’en général ce sont souvent les personnes « pour » qui donnent leur avis

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