Sables de l’île de Ré

Question pour un champion : quelle est la longueur du littoral de l’île de Ré ? La réponse est 107 kilomètres. Ces longueurs sont protégées par des digues, mais à d’autres endroits ce ne sont que des dunes bien fragiles.

L’érosion constatée lors des hivers 2013 et 2014 a provoqué de nombreuses réactions d’inquiétude. L’hiver dernier nous n’avons pas eu de méchante houle, rongeuse de dunes. Résultat : les plages se sont ré-engraissées de sable.

Des solutions de retenue du sable sont tentées ces temps-ci, et c’est tant mieux. De plus, le sable ça va et ça vient.

Conche des Baleines - 30 mars 2014
30 mars 2014. 

Aux Portes, à Trousse-Chemise, une expérience intéressante est menée. Fin septembre un filet, de 250 mètres de long, a été posé sur le haut de la plage.

P1030619Philippe Pouvesle, responsable de l’ONF pour l’île de Ré, explique : « Après les tempêtes de l’hiver 2013/2014, nous avons décidé avec la Communauté de Communes, de re-créer un système qui permette de capter le sable marin. Nous avons détourné un filet TriX de sa fonction originelle. Habituellement ce type de filet est utilisé à la verticale sur les parkings pour contrer le sable éolien, le sable apporté par le vent.

Nous avons pensé que ce filet pourrait fonctionner aussi bien pour le sable marin. Je l’ai transformé en une longue poche, remplie de sable. Non seulement le filet arrête le sable éolien, mais il sert aussi d’amortisseur à la houle. Quand la vague, chargée de sédiments, vient le heurter, l’énergie de la houle est avalée par le sable pris en sandwich au milieu. Les sédiments se posent ainsi au pied du filet. Ça travaille comme un sac de boxe. Comme la houle perd de sa force, le sable se dépose par gravité. Progressivement, au fur et à mesure des marées du mois dernier nous sommes arrivés à gagner du volume. Cette année, nous avons de la chance, les vagues ont ramené pas mal de sable ».

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Le système est astucieux et ingénieux, et il a déjà fait ses preuves. Fin novembre, un mois plus tard, le filet s’est rempli de 70 cm de sable ! Un coup d’oeil suffit pour constater que la morphologie de la plage s’est rapidement transformée : elle n’est plus plate, une pente douce s’est formée.

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Le filet TriX fait une boucle de 500 mètres, 250 mètres X 2. Des branchages ont été déposés à l’intérieur de la poche. Ce sont des vieux bois d’arbres, morts lors de la tempête Xynthia, que l’ONF avait mis de côté pour resservir, plus tard… Ils captent le sable éolien, et évitent que les promeneurs ne marchent sur le filet. Philippe Pouvesle espère que le sable va encore monter de plusieurs centimètres, et que, idéalement, il atteigne le haut des poteaux, dont la hauteur est d’un mètre. Effectivement on n’en voit plus qu’une petite partie. Le 30 novembre, le travail n’était pas tout à fait achevé, il restait encore à combler des creux du filet avec des branchages.

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« Je me m’attendais pas à ce que ça aille aussi vite. Avec les vents d’Est dominants de ces dernières semaines, je pensais que ça se rechargerait en éolien. Mais nous avons eu des apports de sable marin, assez spectaculaires » observe l’agent de l’ONF. « Le but c’est de faire un petit merlon de sable un peu épais, pour éviter les surverses de mer. Donc éviter que les marées de 100/110 ne pénètrent plus loin dans la forêt et fassent crever les arbres ».

Ces travaux sont financés par l’écotaxe intercommunale, dans le cadre de la défense de l’environnement, via une convention-cadre signée entre la CDC et l’ONF. Il coûtent 35 000 €. Ils ont été validés  par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). 

L’épi en pierres a été dégagé du côté de la forêt. Il sert de butée pour le sable, mais il le laisse  passer en haut de la plage. C’est aussi une expérience tentée, en parallèle de celle du filet TriX.

Dans l’année qui vient, une telle action sera menée au Moulin Brulé, à La Couarde, avec le même système de filet-poche. 

« C’est modeste » reconnaît Lionel Quillet, président de la CDC. « Mais le trait de côte est stabilisé à cet endroit difficile qu’est Trousse-Chemise. Tout ce qui est dunaire, ce qu’on appelle la défense souple, ne peut pas être intégré dans les PAPI, ainsi que la CMI (Commission Mixte d’Inondations) l’a décidé au niveau national. Trouver des solutions efficaces pour la protection des dunes ne peut être se faire que par des systèmes financés par les collectivités, avec des partenaires tel l’ONF. Les autorisations sont par ailleurs difficiles à obtenir ». 

Le 19 novembre, au Pas de Zanuck, sur la Conche des Baleines, une équipe mandatée par l’ONF a momentanément retiré l’escalier d’accès. Il y a encore deux ans, il y avait là un promontoire, constitué d’enrochements. Il a été définitivement supprimé, la présence des gros cailloux avait accentué le creusement de la dune. Un escalier amovible avait été alors installé avant la saison estivale 2014, une fois la stabilisation de la dune opérée.  En amont, la Commission des Sites avait émis un avis favorable.

Avec un pt’it coup de pouce, la nature fait parfois bien les choses ! Depuis, le sable est incroyablement revenu, et la hauteur ne cesse de croître. Entre février et juillet 2014 = + 2,40 mètres. Entre juillet 2014 et octobre 2015 = + 1,45 mètres. A la fin de cet été, seules quelques marches étaient visibles.

Une fois l’escalier enlevé, des branchages ont été posés. Ils vont capter le sable, donc épaissir et renforcer la dune. Le ré-sensablement devrait se faire naturellement.

Au printemps, l’escalier sera de nouveau posé, vraisemblablement un peu plus en avant. On accède maintenant par le petit chemin qui longe le haut de la dune, il faut marcher 300 mètres de plus. Une bien jolie balade.

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Depuis que les blockhaus, construits par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, sont tombés sur la Conche, ils créent un effet, dit Venturi : le vent s’engouffre derrière en creusant le sable. Il y a fort longtemps que la question est posée de la destruction de quatre de ces édifices : deux au lieu-dit Couny, et deux vers la Solitude.

Ces derniers jours, la Commission des Sites a émis un avis favorable. A l’automne 2016, nous ne devrions plus les voir sur la plage. Il est envisagé de ré-utiliser les matériaux : une fois concassés ils serviraient d’apports complémentaires pour la reconstruction de la digue des Doreaux de Saint-Clément des Baleines. Rien ne se perd, tout se transforme. Un pan visuel d’histoire disparaîtra, mais la Conche en trouvera sans doute des bénéfices.

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Derrière le virage de la départementale qui mène de Saint-Clément aux Portes, au virage de la Solitude, la situation du sable de la Conche des Baleines est une autre préoccupation. Depuis 2010 l’Association de Valorisation de Saint-Clément des Baleines (AVSCB) en a fait un de ses chevaux de bataille. 

En 2012 une pétition, intitulée La Conche des Baleines en danger, avait recueilli 5 300 signatures. Incontestablement, depuis des années ça creuse à cet endroit. « La Solitude est le point le plus étroit de la Conche. Si la mer s’engouffre ici, la petite dune peut se brêcher et la route qui mène aux Portes peut être coupée par l’eau » s’alarment les responsables de l’association.

Certains adhérents plaident pour la construction d’une digue brise-lame, à l’instar de celle qui existait il y a déjà bien longtemps. Régulièrement le sujet est évoqué par les Villageois comme une hypothèse de retenue du sable du large.

On l’appelait la jetée de La Conche, ou digue brise-lame. Elle avait été édifiée au milieu du 19e siècle afin d’acheminer les matériaux de construction du Phare des Baleineaux. Elle se trouvait à mi- distance entre deux épis. Sa construction dura plusieurs années. Edifiée pour une fonction totalement étrangère à la protection des côtes, au fil des ans, les Villageois s’aperçurent que l’érosion de la Conche se limitait. Le ré-ensablement constaté a même été consigné, à plusieurs reprises, dans des rapports officiels. Lorsque la jetée fut terminée, on cessa d’entretenir les deux épis, qui disparurent très vite. La jetée a été laissée à l’abandon. Ses pierres ont même servi aux Allemands, dit-on, pour la construction des blockhaus. Comme quoi, les hommes ont toujours su réutiliser l’existant…

Quelle a été son action précise sur la protection du littoral de la Conche ? Difficile à évaluer avec précision.

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L’AVSCB souhaite qu’une étude soit menée afin de trouver des solutions pérennes. « Cette digue est une référence historique. La houle du large se cassait sur le brise lame et protégeait l’arrière en déposant des alluvions. Nous ne sommes pas des spécialistes, mais il faut étudier comment agissent les courants et les flux sédimentaires, et quelles protections seraient adaptées. L’objectif étant d’éviter l’inondation de Saint-Clément, mais aussi la rupture territoriale au niveau de la route qui dessert les Portes » ajoutent les responsables. 

Vigilants, les membres de l’AVSCB vont régulièrement sur le terrain, tels des sentinelles. Les craintes sont palpables. Toutefois, depuis peu de temps, le sable est remonté de plus d’un mètre, vers le haut. La plage a retrouvé une pente douce !

Par contre, du côté de la dune, c’est la désolation. Plutôt que de contourner le blockhaus, les piétons se sont frayés un chemin au travers du sable, les ganivelles en bois ont été arrachées, en dépit des panneaux indiquant la fragilité du lieu.

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Côté mer, l’estran est bien décapé, il n’y a plus de sable, la glaise est apparue à nue. Déjà l’été dernier, il fallait faire attention où mettre les pieds, ça glisse sérieusement ! Les Anciens racontent qu’autrefois, cette même glaise, le mot rétais est le bri, était récupérée pour servir de fondation et de colmatage aux digues de Saint-Clément. Lorsque la mer se découvre, on peut distinguer des trous dans lesquels cette glaise a été prélevée jadis. A cette époque, peut-être le sable était-il aussi parti, avant de revenir les années d’après ?

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Deux membres de l’AVSCB, Norbert Rizo vice-président et Didier Courtemanche secrétaire, expliquent les raisons de leurs craintes, croquis à l’appui.

En vidéo, ils racontent :

Bien évidemment, ils sont en contact avec la Communauté de Communes et l’ONF. Une opération de récupération de sapins de Noël, après les Fêtes, est en cours d’organisation, en partenariat avec les communes de saint clément et des Portes. Une fois les sapins récupérés, ils seront déposés au Pas de Zanuck pour piéger le sable. En attendant que d’autres actions soient définies. Mais c’est déjà un petit plus. 

Au Bois-Plage, l’hiver dernier, l’association Dunes Attitudes a initié la récupération des sapins de Noël desséchés afin de contribuer à la stabilisation des dunes du village. Avec la participation des enfants de l’école primaire, des sapins ont été déposés aux Gouillauds, au Gros Jonc, aux Gollandières, au Pas des Boeufs. L’expérience va de nouveau être menée une fois les Fêtes de fin d’année passées. La commune va dédier un grand espace sur le parking, devant l’office de tourisme, pour que chacun puisse déposer les sapins. Ensuite, l’ONF les dispatchera sur les sites à combler.   

2 réflexions au sujet de « Sables de l’île de Ré »

    1. Merci pour vos encouragements et vos remarques. Je veux bien dater chaque photo, mais de quel 1er diaporama s’agit-il ? Est-ce un précédent article que j’avais écrit ? Quant à mettre des sous-dossiers, dans la structure même du blog, c’est impossible à faire, sauf à écrire les sous-titres en majuscules, et c’est esthétiquement pas joli…Cordialement maryline

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